Echec scolaire et identité sociale

« J’ai choisi d’enseigner à Battersea, une zone ouvrière que la plupart des nouveaux enseignants évitaient (…) Tout le monde semblait penser que si l’on arrivait à éduquer un de ces enfants, cela l’éloignerait de ses parents (chose que mon éducation avait fait pour moi). Les gens éduqués étaient des snobs, et beaucoup de parents ne voulaient pas voir leurs enfants leur devenir étrangers. »

(« I chose to teach in Battersea, a working-class area that most new teachers avoided (…) Everyone seemed to accept that if you could educate one of these children you’d remove him away from his parents (which is what my education had done for me). Educated people were snobs, and many parents didn’t want their children alienated from them.« )

Keith Johnstone, Impro, Editions Methuen, pages 20-21.

(Pour ceux qui ne le connaissent pas, Keith Johnstone est le père des matches d’impro. )

Cette réflexion de Johnstone sur l’éducation m’ouvre une nouvelle perspective dans la façon d’envisager l’échec scolaire en fonction du milieu socio-économique ; généralement, on évoque ce dernier comme cause involontaire et quasi mécanique de l’échec :  si l’on est dans un milieu « pauvre » intellectuellement, on aura plus de mal en classe -les parents ne peuvent pas aider, l’enfant est laissé à lui-même, etc.

Or la réflexion de Johnstone suggère que l’échec scolaire pourrait être une conséquence délibérée (sinon consciente), une réaction émotionnelle à cette différence entre les milieux scolaire et familial – que pour certains parents de milieu socio-économique modeste, le fait que leurs enfants réussissent bien à l’école serait vu comme un abandon de leur culture d’origine.

A l’instar des « residential schools » d’Australie ou du Canada, l’école serait-elle vue comme une machine à acculturer leurs enfants – une machine à distendre les liens familiaux ?

La question est en l’air, et je fouille la Grande Toile pour trouver des pistes de réponse.

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Un commentaire pour Echec scolaire et identité sociale

  1. OlivierKpS dit :

    Cette question en l’air est une bonne question, qui renvoie au rôle de l’école comme ascenseur social et à la reconnaissance de ce rôle par les familles.

    Pour y répondre, il faudrait avoir en main des données statistiques dont il est a priori difficile de disposer. Ce qui semble certain, c’est que le message autour de l’école comme ascenseur social est pour le moins brouillé et contradictoire, avec à la fois un discours dominant sur le manque de performances de l’école (de la dispersion des savoirs aux phénomènes de sous-emploi des diplômés en passant par la baisse du niveau), et d’autre part une sorte de fantasme (du moins en France) sur ce qu’on peut appeler (et que moi j’appelle) «le droit au bac», avec une interprétation assez naturellement biaisée des familles sur l’objectif (toujours en France) de l’obtention du baccalauréat par 80% de ceux qui s’y présentent.
    Dans cette réflexion de fonds, il y a de toute évidence, aussi, la question d’un fossé générationnel – pour faire vite, on peut évoquer les générations X et Y, mais surtout la génération qui précède X et dont font partie la plupart de ceux qui exercent le pouvoir politique (ainsi qu’une bonne partie des enseignants français).

    Pour appréhender cette sociologie de l’éducation et de la réussite, il faudrait donc pouvoir envisager un spectre beaucoup plus large et qui comprendrait, outre les élèves, les familles, les enseignants et les prescripteurs de l’enseignement au niveau politique et institutionnel.

    Vaste programme, donc, mais qui serait le minimum pour expliquer réellement les échecs des politiques récentes de l’éducation (pour faire court, les coupes budgétaires massives) ET pour tenter de déterminer des politiques cohérentes à même de redresser la situation.

    Mais au final, avons-nous tant que cela besoin de mesurer dans le détail ce qui ne marche pas et pourquoi ? et avons-nous le temps nécessaire à cette réflexion ? Je crois qu’il faut être pragmatique et essayer d’avancer en expérimentant et en partageant les expériences réussies, quitte à théoriser en même temps ou a posteriori. L’éducation du XXIe siècle – celle dont je pense que nos enfants ont besoin, du moins – n’a peut-être pas les moyens de s’embarrasser d’une rhétorique trop complexe: les institutions scolaires sont déjà bourrées de gens payés pour penser et qui pensent trop souvent à l’envers, et je suis persuadé que ce n’est pas la peine d’en rajouter ; en revanche, agir sur le terrain et faire remonter (comme le font le GFEN et d’autres groupes de bonne volonté) les expériences réussies pour qu’elles soient réutilisées me semble une approche plus adaptée aux besoins réels des élèves, mais aussi aux règles du web 2.0 et du développement des applications ouvertes que nous connaissons et que nous utilisons par ailleurs.

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